■ Ion Zubaşcu – in memoriam ■

30 mai 2011 § 2 Commentaires

© Luiza Palanciuc | in memoriam Ion Zubaşcu (1948-2011)

Ion Zubaşcu (1948-2011)

Chant Premier

| extrait traduit du roumain |

Je me trouve en perpétuel état de disponibilité. Durant des journées entières, devant mes enfants (au fait : j’aurais aimé avoir tous les enfants qu’un couple d’humains peut avoir dans une vie), je me glisse dans un rôle ou dans un autre, je me surprends commencer à jouer ce rôle, j’attrape au vol toutes sortes d’ondes, par je ne sais quelles antennes de cet appareil psychotronique que je suis.

J’ai appris tout seul à jouer de la plupart des instruments de musique, je m’en suis bricolé de nouveaux, sur lesquels j’ai fait exercer mes doigts de pied jusqu’à ce qu’ils soient aussi souples et mobiles que ceux des mains. J’ai ravivé le sens assoupi de mon odorat. Un été, pendant l’adolescence, je me suis retiré dans les montagnes de Tiblès et – avec quelques plantes et des fleurs sauvages aux parfums différents, pour chaque note musicale – je me suis faite une flûte de pan ; ainsi je courais dans les vallées, jouant de ma flûte, enivré par la musique des senteurs. Lorsque je suis redescendu à Dragomiresti, je ne supportais plus personne à mes côtés, pas même ma mère ou ma sœur Ileana.

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■ E. M. Cioran – froid ■

25 mai 2011 § Poster un commentaire

© Luiza Palanciuc | Cioran : froid | 2011

J’étais en parfaite santé, j’allais mieux que jamais. Tout à coup, un froid me saisit pour lequel il me parut évident qu’il n’y avait pas de remède. Que m’arrivait-il ? Ce n’était pourtant pas la première fois qu’une telle sensation me submergeait. Mais auparavant je la supportais sans essayer de la comprendre. Cette fois-ci, je voulais savoir, et tout de suite. J’écartai hypothèse après hypothèse : il ne pouvait être question de maladie. Pas ombre d’un symptôme auquel m’accrocher. Que faire ? J’étais en pleine déroute, incapable de trouver ne serait-ce qu’un simulacre d’explication, lorsque l’idée me vint – et ce fut un vrai soulagement – qu’il ne s’agissait là que d’une version du grand, de l’ultime froid, que c’était lui simplement qui s’exerçait, qui faisait une répétition…

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  • Texte : E. M. Cioran, De l’inconvénient d’être né (extrait), Paris, Éditions Gallimard, 1973, p. 225-226.
  • Image : Luiza Palanciuc, Cioran : froid, 2011.

■ Mihai Şora despre Mircea Vulcănescu ■

12 mai 2011 § 2 Commentaires

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■ Mihai Şora sur la dimension sacrificielle de Mircea Vulcănescu (1904-1952)

Extrait du film «Mircea Vulcanescu – l’homme devant l’Histoire»

Série «Des mondes et des hommes»

Réalisation: Luiza Palanciuc

© 2011

[en roumain]

Extrait du sous-titrage :

Il est bien évident qu’il n’avait pas cette conscience sacrificielle au jour le jour; se dire: «moi, je suis capable de me sacrifier». Mais, dans les circonstances données, il s’agissait, en effet, de la seule – ou, en tous les cas, de ce qui lui paraissait alors comme étant la seule – solution possible, et accomplie uniquement dans l’idée de sauver l’Autre. Car sitôt qu’intervient, dans un tel acte, la conscience de l’autosacrifice, cet acte est, par là même, faussé dans son intimité. Et ce n’était point le cas. Il s’agissait, au contraire, de quelque chose allant de soi et qui eut des conséquences fatales – à savoir, pratiquement, son sacrifice pour sauver la vie d’un autre.

Pourquoi cela se voit-il investi par la dimension de la sainteté ?

Parce que cela ne fut absolument pas fait avec une quelconque intention d’auto-sanctification. Mais avec la plus pure – comment dire ? – attention à autrui: spontanée, naturelle.

 
 
 
 
 
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■ Mircea Ivănescu – Mort-retrouvailles | 1968 ■

26 mars 2011 § 3 Commentaires

  

Mangelos (dit) | La mort | 1962

 

 

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en vérité ce n’est pas vrai. la mort

n’a jamais fait personne retrouver personne – la mort est une houle élancée 

qui t’attrape les yeux fermés – et te berce –

et au début paraît un sommeil, et puis un oubli –

et puis le temps perd toute trace de sens,

il n’est que silence qui revient sur lui-même

avec un écho, l’unique écho – et celui-ci est un halo

tel la flamme du cierge – et puis la lumière

perd toute trace de sens – et puis le silence

laisse tomber le sens – pendu

à ce qui n’a plus aucun sens – et puis plus rien, pas

même un sens décharné, flottement dans le rien,

bouche-à-bouche avec le squelette du non-être,

rien de rien, puis il n’y a plus de puis,

plus d’aujourd’hui, et plus de mort.

 

non plus.

 

 

  • Texte : Mircea Ivănescu (n. 26 mars 1931) – Mort-retrouvailles, Traduction du roumain par Luiza Palanciuc („Despre moartea ca revedere“ (frg.), dans le recueil Versuri, Editura pentru Literatură, 1968).
  • Image : Mangelos (dit), Basicevic Dimitrije (1921-1987) – La mort, Gouache sur page de livre en papier glacé, 0,203 x 0,208 m., 1962, Paris, Musée national d’Art moderne – Centre Georges Pompidou.

 

 

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Pour citer cet article:

Restitutio Benjamin Fondane – www.fondane.net

Gratias agimus.

 

 

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■ Benjamin FONDANE – L’Exode ■

9 août 2009 § 3 Commentaires

 

L’EXODE

SUPER FLUMINA BABYLONIS

 
         
          Les dieux ont ordonné la mort
          de ces hommes afin d’être sujets
          de chants pour les générations à venir.
 

                                                  Homère

ET VOILÀ!

 

PRÉFACE EN PROSE

 
 
C’est à vous que je parle, hommes des antipodes,
je parle d’homme à homme,
avec le peu en moi qui demeure de l’homme,
avec le peu de voix qui me reste au gosier,
mon sang est sur les routes, puisse-t-il, puisse-t-il
ne pas crier vengeance!
L’hallali est donné, les bêtes sont traquées,
laissez-moi vous parler avec ces mêmes mots
que nous eûmes en partage –
il reste peu d’intelligible!

 

 

 

Zoran MUSIC | Nous ne sommes pas les derniers | 1975

Zoran MUSIC | Nous ne sommes pas les derniers | 1975

 
 
 
 
Un jour viendra, c’est sûr, de la soif apaisée,
nous serons au-delà du souvenir, la mort
aura parachevé les travaux de la haine,
je serai un bouquet d’orties sous vos pieds,
– alors, eh bien, sachez que j’avais un visage
comme vous. Une bouche qui priait, comme vous.
 
 
 
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